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Mercredi 16 novembre 2005 3 16 /11 /Nov /2005 00:00

lundi

Cette étoile-ci me déchire les yeux. Trop proche. Et pourtant mes rêves les plus beaux étaient teintés de soleil.  Je cours à présent sur les toits tièdes, je me rappelle des images de ma vie d'avant. C'est pour ça que je cours d'ailleurs, pour les faire défiler dans ma têtes vite vite. Ca crée un film sur la black hattitude, c'est le grand cinéma de ma vie, voici la bande-annonce : la fille court sur les toits de sa ville, elle saute de tuiles en tuiles, elle se cache un instant, une vieille dame a fini d'arroser ses plantes elle repart, elle s'arrête au bord d'un gouffre, un chat miaule, la fille court, un pigeon s'envole n'importe-où. La fille court, la fille marche en équilibre sur une corniche elle a l'air très sérieuse. La fille regarde au loin. La fille regarde vers le bas stupéfaite.

 

mardi

Qui connaît vraiment la faim? Même en cet instant où mon estomac brûle, je sens bien qu'il existe un état céleste de la faim.  Un paquet de gâteaux secs à la figue traîne sur le bureau d'un étudiant rêveur qui a laissé sa fenêtre ouverte. Encore un mensonge de la vie. Je laisse un cri et je m'enfuie avec les gâteaux. Ils sont bien meilleurs lorsqu'on les a volé en s'echappant. Tiens le chat, voici la part du greffier. T'aimes pas les figues? Oh, tu n'aimes pas la marchandise volée? Jamais vu plus menteur qu'un chat.

Quel douloureux soleil il fait. Le goudron se liquéfie sous la violence de ce disque agressif. Il suinte une odeur de gymnase brûlé. J'aime ça. Mais j'ai soif. Il ne va  pas pleuvoir. J'y retourne, l'étudiant est toujours au toilette, non. Il a fermé sa fenêtre.  Ho! il regarde! Alors ça je déteste! Les yeux humains par dessous les pieds, la terreur quoi. Je me cache. Il ne m'a pas vu c'est sûr mais il a ses yeux comme des soucoupes rivés à la vitre, il cherche. Non. Mais que fait-il? Pourquoi n'ouvre-t'il pas pour regarder plus à son aise? Il cherche le coupable, non? Mes gâteaux, où sont mes gâteaux globulent les orbites de l'étudiant. Moi j'ai soif. faudrait qu'il s'en aille de là, comme ça je pourrais passer et chercher ailleurs. Ho! Il ouvre! Il ouvre! Il sort la tête! il ouvre la bouche il va parler! Il regarde partout autour de lui.Il scrute le lointain et les alentours proches...C'est moi ça, les alentours proches! Je me fais d'un petit! Je regarde même plus vers lui. J'imagine déjà. Descends de là. Qu'est ce que tu fais ici? Non.Non. Je suis un pirate. On ne demande pas à un pirate de descendre de son bateau. On ne demande pas à un pirate qu'est ce qu'il fout là en pleine mer alors que sa place est chez sa maman. On ne traite pas le pirate comme s'il n'était pas réel. On le considère. Plus de bruit. Pourquoi je ne peux pas sortir de ma cachette en disant ça va bonhomme on prend le frais? Alors l'autre ferait me faites pas de mal Mme le Pirate. Je rirais. Il claque le vasistas. Il ne m'a pas vue. Je peux reprendre mon existence d'ailleurs.

 

mercredi

 

Un matin frais et pâle. Je grelotte. J'entends un piano au loin, je me dirige vers la musique.Je passe devant un couple de tourterelles pelotonnées, leurs plumes bougeottent avec le vent et leur donnent l'aspect d'une fleur de pissenlit. Le piano est etouffé par la vitre mais je l'entends très bien. Je me couche sur le côté et j'écoute. Les notes dansent sur les gouttières. Al pluie insère ses notes au creux de la mélodie. Un goût bleu-gris de bonheur me fait surgir des images sous les paupières. Une main posée à plat sur le sable de plage froid de la nuit. Un dessin à la craie sur un carreau épais de ceux qu'on voit dans les salles de bain. Un vieil homme que j'ai connu, on aurait dit que sa vie n'avait été qu'une seule et longue année. Il connaissait parfaitement les oiseaux et il dit juste avant de fermer les yeux : "un merle". Et il s'est endormi laissant le monde offert pour un instant au chant du merle. Une grande prairie dont j'ai rêvé une fois, les arbres jouaient comme des enfants, ils se couraient après. Et cet autre rêve avec des enfants d'une cité Inca. Ils ouvraient leurs mains et laissaient s'echapper vers le ciel des pétales de fleurs rouges réniformes, une fleur mystique née il ya cent mille ans.

 

jeudi

 

Ce soir je vais vibrer avec des corbeaux. Avant de me rendre à la réunion du crépuscule, j'a shooté dans les antennes ds immeubles, ainsi le désordre qui vit en moi tissera un lien avec les gens du dedans. Leur télé va danser un peu. Allez, je m'y accroche comme à un mât. Je fais des figures, le cheval fou se trémousse et se tend en arabesque crochue, pointant son pied vers le ciel morne. Et tout autour commencent à arriver les corbeaux. Je les attends figée. En rythme décalé, en ballet sombre, ils déchirent l'espace de toutes parts. Ce sont mes meilleurs amis. J'appelle ami celui qui frappe la mesure au rythme de tes pas. Celui qui chante sur tes mélodies. Celui qui attrappe tes mains au dernier moment quand tu lâches le trapèze. Celui qui hurle dans la nuit, confiant de cette voie ouverte, cette galaxie que tu dessines, pour lui. Un univers qui lui ressemble. Les corbeaux saisissent mon âme au point d'en prendre la forme et le chant. Mes doux compagnons de vie. Mes lumières noires. Je repense à Cedrik, qui ne lavait jamais ses pinceaux après avoir éclaboussé ses toiles d'encre. Cet atelier du Quercy, les truffes de Lalbenque et l'Horloge mécanique perpétuelle. Voici tout ce qu'il me reste de ce morceau de vie.  Je ne regrette pas et pourtant je suis saisie d'une douloureuse sensation de beauté, quelque part entre le coeur et la nuque. Ce n'est pas ces souvenirs même, ni leur image qui est sublime. Mais le simple fait que ce soit des souvenirs. Des parcelles d'existance vivaces. Des choses démesurément bien finies.

 

vendredi

Je me suis jetée trop de fois dans le vide intangible de mes espoirs. Ma cousine croit  en Dieu, fervente croyante, elle prie chaque soir agenouillée sur le parquet, les mains jointes devant le visage, les coudes posés sur le lit. Elle remercie et elle demande et elle croit. Elle est insérée dans les fils de la vie, tissés pour les vivants, tissés par les vivants. Moi je regarde Dieu et je sais que les rayons qui émanent de mon corps sont les seules vérités et que Dieu est la forme déssinée par l'aboutissement de l'ensemble de ces rayons, alors, en quoi dois-je croire, si ce n'est en moi-même? Toute ma vie tourne autour de moi, c'est un miroir, un globe réfléchissant et enivrant. "Je vais mourir" reste la seule certitude en dehors de moi -même : après moi, quel goût à la vie? Je me suis rappelée de tout et mes espérances me sont clairement apparues comme ces rayons, ciseaux de ma réalité, démesurément hors de ma conscience. Il ne reste plus qu'à être présente, banalement et terriblement, mortellement présente. Alors je cesse de marcher sur les toits et je me retrouve assise là, devant un ordinateur à écrire. Je suis là. Voilà. Ce qui est vrai et ce qui n'est pas vrai reste à décider ensemble, moi je choisis la nuit et l'envol. Je quitte ce restaurant chinois par les cuisines, on est à New-York, et je m'envole pour rejoindre le canada par les airs. C'est ça ou je meurs. Je vais vous confier un secret : je sais vraiment  voler. Et vous savez pourquoi? Parceque mon centre de gravité est situé exactement là où l'impulsion de vol doit se trouver. Vous savez quand un oiseau s'envole, l'instant ultime entre le moment où il est sur la branche et celui où il ne l'est plus réside dans ce point. Vous pouvez sentir votre point en respirant : entre l'expiration et l'inspiration, essayez. J'avais dix ans et ma mère tardait à rentrer du travail. C'était l'hiver et il faisait déjà nuit juste après l'école. Là il était l'heure bien après l'école, à l'heure du dernier bus, l'heure du repas des voisins d'en face, l'heure de la raclée du gamin du deuxième. Et moi j'avais ouvert grand la fenêtre car je voulais mourir pour voir jusqu'où va la vie et j'avançais mon corps sur le rebord le plus loin possible et je sentais bien le froid et le rebord de la fenêtre sur mes hanches et j'ai sauté. Puisque j'étais déjà morte une fois, je savais que c'était pas si douloureux. J'ai émis un cri bref, et j'ai respiré profondément et je me suis mise à voler. Mais vraiment! Mais je me suis cachée. Vous savez pourquoi? Parce que je me suis dis que ma mère m'aimerait moins si elle me savait différente.

 

Samedi

Il faut déméler tous ces fils, mon existence est un entrelac de fils auxquels je rajoute un fil de temps à autre. Conscients de leur nature de fils, ils s'enroulent consciensieusement sans attendre que je les déroule. Je n'ose pas m'attaquer à un paquet de noeuds. en plus je trouve ça joli.

Les rêves que je fais restent la seule valeur sûre. Immuables, signifiants, démesurés.

Une cascade de lumière dévale une montagne rouge. Ce sont les monts de l' Espero. Leur ciel est azur et leur soleil émanent de la roche même. Moi je vis sur la plaine sèche et craquelée. Mon amie m'a appelée pour me dire quelque chose. A la fin du rêve ,elle est là molle sans os, elle sera toujours là, molle et désossée.

Et le corps d'Agathe sera toujours écrasé par la vitre du centre social, parmis les feuilles mortes et mouillées.

Et je ramerai sans cesse sur ce canal bordé de joncs, vers des pays à la lumière plus clémente pour le rêve, une lumière des carpathes.

Et je ne verrai que les pieds de ce buisnessman arriviste décendant toujours les mêmes escaliers, en répendant du papier journal sur les marches, lentement, criminel.

Et l'ours se déplacera sans cesse sur l'autoroute.

La semaine sera toujours finie le samedi, dimanche est un trou abérrant qui permet toutes les atrocités. Dimanche laisse renter le présent dans notre vie d'une façon trop abusive pour qu'on ne réagisse pas. Aucun dimanche n'est tranquille et paisible. Les dimanches sont pathétiques et douloureux. Et la saveur du repas préparé longuement a un goût amer, et l'heure du couché prend des allures de dernière nuit avant l'échafaud.

 

 

Mardi

Je suis vivante par un pur miracle. Imaginez : des millions d'années de composition et décomposition, pour en arriver à l'expulsion d'un rat gluant et braillant, tel que moi.(Je préfère ne pas imaginer les milliards et milliards d'années précédentes, cela me donne un vertige, une nausée indescriptible) Je suis décontenancée devant ce miracle trop grand pour moi. C'est un joyau trop brillant qui brille à mon doigt. Je suis une gueuse assise à la table des rois. Que faire de ces potentielles 70 années de vie? Les gâcher, certe, mais comment? Rêver me semble la perle précieuse au milieu de la caverne qui me sied le plus. Je prend le rêve humblement et je dis : je ne prend que cette petite chose là, prenez le reste. Je rêverai pour me nourrir et je rêverai mes amours. Et je mourrai. Et mes rêves se transformeront en étoile et mon corps en merde.

 

Octobre, un mois que personne ne remarque.

La pluie danse mal sur les trottoirs. La musique s'est faite balbutiante et la vie ne s'arrête pas. Les corps sont transparents. Le ciel est un filtre pâle de l'Espace infini. Le sol se ramollit et s'effrite et se consolide immédiatement.  Il faut que les corps se déplacent entre ce ciel et ce sol. Malgré eux. Octobre s'encombre des humains, octobre appartient à d'autres espèces. L'homme le sent, il cherche à reprendre son trône, mais la mousse l'a envahi, il veut s' y asseoir, mais le bois pousse et le fauteuil s'éloigne vers le ciel formant une cime étrange sur laquelle se posent volontiers les oiseaux qui se posent sur les cimes. Et les branches jaillissent des accoudoirs et le sol se couvre d'humus, sous les pieds de l'homme qui arrache les feuilles mouillées de sa figure, et la boue de ses chaussures. Puis il gèle et l'homme a déjà trouvé une nouvelle manière de vivre dans ces conditions. Le trône n'a plus d'importance à ses yeux et la nature continue de percer sous ce siège antique. Mais la nature et l'homme ne joue pas sur le même terrain, à peine a-t'on commencé de parler de l'un et de l'autre qu'une infinie et fractale distance les éloigne et je dois faire mon choix, je ne peux contempler les deux en même temps.

 

Lundi

Je vais m'en aller. C'est à dire que le sol va se déplacer sous ma chair immobile.  J'ai plusieurs façons de partir, rêver ou mourir. Changer d'endroit, non.

 

Mardi

Je dessine.

 

Mercredi

Je pleure et je dessine encore des espaces de vie et je m'endors.

 

Quelques années plus tôt

Alors il restera cet ange maudit, suspendu à mon front, St Christophe déformé par le souvenir. J'avancerai donc à présent, perpétuellement suivie par le fantôme d'un homme qui ne se rappelle plus de moi. Pendant longtemps la vie avait l'air si vraie, ma douleur s'était concentrée sur une photo. Un fil rouge dessiné par l'horizon jaillissait de sa poitrine et de son dos. Le bois poli des meubles était devenu peu à peu trop luisant et la photo commençait à ternir, et plus la photo ternissait plus les meubles luisaient. Quand la photo disparut complètement dans le buffet et qu'on ne vit plus qu'un mince fil rouge, j'ai fui. Je suis sortie par le fenêtre comme à mon habitude, mais tardant à prendre mon envol, le souvenir de la photo qui n'avait pas encore totalement disparu dans le buffet s'accrocha devant mes yeux sous la forme d'un fil dansant, qui s'amuse à dessiner des formes du visage tant aimé. Je suis donc obligée de contempler la silhouette de ce fantôme. Pendant mon sommeil même, se glisse-t'il dans le mince sourire de mes paupières closes et danse-t'il de savantes chorégraphies qui me laissent au réveil un goût d'étrangeté -exprès les scénarios varient pour mon supplice- et mon corps garde durant tout le jour le souvenir physique de chemins et de détours qu'il a emprunté.

 

Aujourd'hui

Une épreuve m'attend au bout de la corniche. Je ne sais pas laquelle et je retarde l'instant en m'asseyant entre mes deux tuiles fétiches, celles qui me portent presque bonheur. Cette épreuve accomplie, je pourrai peut-être me consacrer enfin à la sauvegarde du temps présent, qui devient inéluctablement passé. Je suis idiote d'attendre pour me sauver du temps qui passe. Mais après tout, une fois les heures perdues, je les regagne en courant vite vite. Puis je danse, puis j'attends, puis je passe des épreuves, puis je cours. Je redescends de cette plateforme, de laquelle tout paysage paraît infernal, mais avant je prends plaisir à le contempler un peu.




Le vendredi 9 février

Depuis hier on dirait que le thermomètre est remonté au dessus de 20, ce n'est pas possible. C'est certainement à cause du radiateur interne. On est au mois de février et je meurs de chaud et la nuit on ne dort plus, et le jour on est écrasé sous les cauchemards aux allures de cours magistraux. Je devrais prendre des notes? Alors que la tête essaie d'évacuer, je devrais retenir les mensonges, les petits riens qui sont presques la vérité? La pollution de l'âme produite par l'esprit qui s'imagine le dieu du corps. Mes muscles, mes os me réclament, me conjurent de leur trouver un pli du ciel où se mouvoir en liberté. Je leur offre la moisissure, l'humidité, la chaleur morbide de février et un peu d'amour de temps en temps, quand un vieux rat s'apprête à mourir ou qu'une colombe décide de changer de vie, je suis là, je me pare, je m'embaume.

Je ne possède rien. Je ne vois ni ne saisis rien. Je n'aime plus qu'un morceau de calque déchiré, sur lequel, je me rends à l'évidence, je dois apprendre à tracer le contour des choses pures qui m'apparaissent en-dessous. Les milliers de miroirs que j'ai brisé m'ont écorchée, voilà que ma peau s'affine et que j'ai peur de devenir translucide. Je suis montée vivre là haut avec les bêtes sales qu'on oublie, parceque je suis moi-même devenue sale et qu'on m' a oubliée. Je regarde la télévision à travers les fenêtres des pauvres, je mange du sable, des gâteaux à la figue que j'ai volé une fois et des restes, je n'ose pas vous dire où je les ramasse. Il y a un Chinois qui les ramasse en même temps que moi et il a honte, ce monsieur. La splendeur d'une grandiose civilisation et ses arrière petits enfants qui pleurent les restes.

Est-ce que je suis humble ou c'est le dépit? Est-ce que je descends du ciel ou d'autres personnes savent-elles voler? Sur quelle chaise dois-je m'asseoir, avant que tous les sièges soient pris? Bon je suis malade, là je pense que j'ai de la fièvre. Je vais coller mon front sur la tuile. Elle me brûle. Il paraît que le froid est une abhérration pour le corps, il ne connaît pas. Inadapté. Comment peut-on être inadapté à la nature, créé par elle, dépendant d'elle, faisant parti intégrante d'elle, formant un tout avec elle, et prétendre à l'harmonie?
Harmonie. On dirait un mot sorti d'un instrument de musique géant, brillant, dirigé vers une salle à l'acoustique démesurée, prétentieux et émouvant parce qu'incapable de surpasser celle qui  ne fait aucun effort pour exister et dont nous dépendons tous.  Elle.  Alors pourquoi vivre  dans un cube, marcher en ligne droite et se lever à sept heures? Pourquoi vivre à ne rien faire, à boire et à s'amuser? Quel est ce Dieu si puissant qui nous regarde faire, que  nous nous sentions obligé de respecter une ligne de conduite, si sinueuse soit elle? Je vis à l'absurde, je parle à déraison et je vis parceque je ne meurs pas, non? La douceur, le fardeau. La volupté, le sacrifice. La caresse, le couteau. Et chaque instant me fait décider d'une philosophie correspondante. On cours dans le vide, c'est un film, voici la bande-annonce: une fille est rouge sang sur un toit violet et elle colle son visage à la tuile, elle transpire. La fille court dans un sens, elle s'arrête et repart dans l'autre sens. Elle s'arrête, elle s'assoit et elle pose pour l'image. La tête penchée sur le côté, les cheveux devant le visage. Personne aux alentours, personne ne la voit. Elle pose au milieu du monde comme un totem sans sens.

Il y a un homme. Un homme roux avec de petites lunettes et un ventre de bavarois. Il a commencé à aimer la philosophie avec Nietzsche. Il a poussé son amour pour Nietzsche jusqu'au doctorat. Je l'ai rencontré alors qu'il était professeur, tout jeune, il n'avait pas trente ans je crois. Il faisait une thèse sur le matérialisme. Il a aimé Nietzsche pendant dix ans, pensant qu'il disait vrai en tout. Jusqu'à ce qu'il pense le contraire. Il s'est alors tourné vers le matérialisme. Cet homme parlait des matières et des cellules, des hommes-machines et puis quand je lui ai dit que je croyais pas à l'amour, il était déçu. Je pensais que l'amour, c'était se regarder dans un miroir. Maintenant je pense le contraire. Nous étions deux pantins boiteux, moi je regardais dans des miroirs et lui pensait voir au travers. Si l'on peut atteindre n'importe quoi en passant par n'importe quel chemin, je ne vois pas pourquoi je n'irai pas en marchant à reculons, ou en restant assise là, sur une cheminée, en espérant que personne ne va faire un feu.

Cette démarche : penser une chose, à cause du ressenti primaire d'ailleurs, puis tenter de la justifier par les preuves que l'on a de l'existence. Puis confirmer cette pensée, par tout ce qu'on veut, de l'empirisme au mysticisme. Ce n'est pas très joli.
Ce serait mieux de ne rien penser et de constater des sentiments avec le coeur. "L'essentiel est invisible pour les yeux."
Mais qui le fait?
Si personne ne le fait, même, ce n'est pas une raison. Je dois le faire si j'ai la conviction qu'il faut agir comme ça. Je sens le lacet du cynisme s'enrouler autour de ma cheville. Rien ne reste plus que l'amour. Le peu d'amour qu'on peut récolter. Le papillon immobile.
Par sophiechan - Publié dans : sophiechan
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